Évènement

Soutenance de thèse

Soutenance de thèse de Abdel Kader Naino Jika

Titre : "Analyse épigénétique de l’évolution culturelle : enjeux ontologiques et épistémologiques"
 Jury :
• Philippe Huneman, Directeur de recherches au CNRS (IHPST, Université Paris 1) ; Directeur de thèse
• Francesca Merlin, Directrice de recherches au CNRS (IHPST, Université Paris 1) ; Examinatrice
• Denis Couvet, Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle , Rapporteur
• Virginie Maris, Directrice de recherche au CNRS (CEFE, Montpellier) ; Rapporteure
• Arnaud Pocheville, Chargé de recherche au CNRS (CRBE, Toulouse) ; Examinateur

Résumé : Au croisement des sciences sociales et des sciences biologiques, l’étude de l’évolution culturelle confronte chercheurs et chercheuses à des défis conceptuels et épistémologiques majeurs. Les modèles inspirés de la génétique des populations ont certes permis de proposer des schémas de transmission culturelle, mais ils échouent à rendre compte de la complexité des dynamiques symboliques et contextuelles propres aux phénomènes culturels.

Cette thèse avance une nouvelle approche, la mémépique, qui articule la mémétique et l’épigénétique pour analyser l’évolution culturelle à travers l’action conjointe de facteurs environnementaux, sociaux et symboliques. L’élément central de ce cadre théorique est le concept d’épimème, défini comme un processus dynamique par lequel l’expression d’un mème se trouve modulée par des contraintes extérieures (écologiques, technologiques, religieuses, politiques, historiques…), et qui peut, à terme, reconfigurer son noyau informationnel (idiome). L’analogie avec l’épigénétique n’est ici qu’heuristique : les mèmes, en tant qu’unités symboliques de transmission, ne sauraient être réduits à de simples entités biologiques.

L’analyse repose sur des enquêtes ethnographiques menées au Niger (communautés Zarma-Songhay et Hausa) et au Burkina Faso (communautés Mossi). Ces travaux montrent comment les pratiques agricoles et rituelles subissent des transformations épimémétiques : les pressions environnementales et sociales transforment les formes concrètes des pratiques (phénotypes culturels), tout en préservant leur idiome, c’est-à-dire leur règle de sens. Ce processus explique la résilience et la plasticité des croyances, rituels et savoirs dans des contextes marqués par des changements rapides.

En intégrant les apports conjoints de la biologie évolutive, de l’anthropologie et de la philosophie des sciences, cette thèse propose un cadre conceptuel novateur pour repenser la transmission et l’adaptation culturelle. L’approche mémépique dépasse les limites du réductionnisme mémétique classique et met en évidence le rôle structurant des contraintes contextuelles dans l’évolution des cultures. Elle ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour analyser la diversité culturelle à l’échelle globale, tout en nourrissant une réflexion critique sur l’usage de modèles biologiques en sciences sociales.