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Séminaire

Séminaire général

Nous aurons le plaisir d'écouter : Dante Flavio da Costa Reis Junior (Université de Brasilia)
" Histoire de la science géographique : styles de pensée et le cas de la Géographie Théorique et Quantitative "

Résumé: En Géographie, les études sur l’épistémologie sont généralement menées dans un domaine de recherche appelé « Histoire de la Pensée Géographique » ( HPG ). Parmi ses axes thématiques, l’un explore l’évolution des conceptions relatives à la nature de la Géographie et les principes fondamentaux qui constitueraient le cœur du raisonnement géographique. Une conception traditionnelle établit que des approches « géographiques » sont légitimes lorsque l’interaction des phénomènes physico-environnementaux avec les processus socio-économiques donne émergence à une réalité complexe et située ( souvent cartographiable ). Une autre conception courante, plus généraliste, admet l’existence de « géographies » (au pluriel) « de X », « de Y » ... à condition que « X » et « Y » se manifestent territorialement. Quant aux principes fondamentaux de la science, un consensus relatif se dégage : le raisonnement géographique opère simultanément selon quatre postulats : la localisation/diffusion spatiale des faits ; la connectivité de ses phénomènes constitutifs ; la dimension scalaire des magnitudes et des fréquences ; et la dualité inhérente aux processus (« physique x humain », « général x régional » etc.). La combinaison de conceptions et de postulats engendre une grande diversité de perspectives qui font de la Géographie, en réalité, un champ de connaissances très peu cohésif. Une manière intéressante d’interpréter cette diversité consiste à identifier chaque perspective comme un « Style de Pensée » partagé par un « Collectif » [ suivant l’épistémologie proposée par Ludwik Fleck (« Denkstil » ; « Denkkollektiv », 1935)]. Ce faisant, l'épistémologue de la Géographie peut évaluer les plusieurs dimensions linguistiques et sociétales qui ont émergé dans l’histoire de la discipline. Pour simplifier, on peut dire qu’entre 1870 et 1970, quatre Styles ont émergé : le Classique, le Théorique, le Critique et l’Humaniste. Le Classique (style naturaliste) s’est attaché à accumuler des études monographiques sur l’occupation humaine de la Terre, mettant en lumière les différentes capacités à surmonter les obstacles. Le Théorique ( style pragmatique ) visait à identifier des modèles de localisation et à éclairer les décideurs, en utilisant un langage plus précis et des outils techniques. Le Critique ( style politique ) a mis en évidence les logiques de domination et a commencé à plaider pour une Géographie dénonçant les injustices spatiales. Enfin, le Humaniste ( style psychologique ) a souligné que les lieux ne sont pas uniquement constitués de ressources naturelles ou de forces productives : ils acquièrent aussi des significations variables selon les expériences de vie des individus et de leurs communautés. Concernant le cas particulier de la Géographie Théorique, il s’agit également d’un style que les historiographies qualifient souvent de « (néo)positiviste ». Or, un problème se pose dans la littérature latino-américaine : contrairement à d’autres styles, lorsque la GT est mentionnée, le label philosophique n’est généralement pas expliqué objectivement ... et persiste l’impression que « positiviste » n’est qu’une étiquette diffamatoire. Les auteurs reproduiraient donc une caricature. Par conséquent, il conviendrait de procéder à un examen détaillé des positivismes traditionnel et logique afin d’évaluer s’il existe des aspects spécifiques à ces systèmes philosophiques qui ont été vraiment projetés sur les pratiques de production de connaissance adoptées par le style théorique.