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Séminaire

Séminaire général

Nous aurons le plaisir d'écouter : Etienne Bimbenet (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) 

Titre : “Le scénario du recrutement, à propos de l'origine du langage"

Résumé : Après avoir été à l’honneur au XVIIIème siècle (en particulier dans les grands essais de Condillac, Rousseau ou Herder), mais après deux siècles d’éclipse et de discrédit scientifique, la vieille question de l’origine du langage revient aujourd’hui sur le devant de la scène. À la faveur de l’essor depuis les années 1990 de la psychologie évolutionniste, et depuis l’ouvrage-pionnier de Steven Pinker (L’Instinct du langage, 1994), elle fait l’objet de nombreuses publications et nourrit les hypothèses les plus diverses.

De fait une telle origine, empiriquement considérée, s’avère largement problématique. L’apparition comme l’évolution d’un langage conventionnel et articulé se laissent en effet difficilement dater. En l’absence d’indices fossiles directement concluants, nous sommes voués du coup à une enquête indirecte, documentée du côté de la biologie et de la psychologie de l’évolution (regardant le fonctionnement cognitif du langage et ses avantages adaptatifs), du côté paléoanthropologique des soubassements anatomiques de la parole, du côté archéologique des artéfacts techniques ou symboliques pouvant témoigner d’une compétence linguistique, etc. 

Or la plupart du temps, c’est autour d’un scénario que les chercheurs s’entendent. C’est en racontant, et en agrégeant les différents savoirs autour d’un récit, que s’instruit le dossier de l’origine du langage. Un scénario, en particulier, revient avec insistance. C’est le scénario du « recrutement ». Deux hommes reviennent au campement et tentent de recruter des congénères pour aller chercher ensemble une carcasse située loin du campement. Ce scénario du recrutement, dans une population d’Homo erectus pratiquant un charognage actif, on le trouve à l’œuvre chez différents auteurs réfléchissant sur les origines du langage, et ce depuis l’article de Charles Hockett et Robert Ascher de 1964,« The Human Revolution ».

La question que nous voudrions poser c’est : pourquoi un tel scénario ? Ce qui implique deux choses : pourquoi d’abord un scénario ? En quoi une science des origines du langage gagne-t-elle à raconter une histoire ; quel est le gain épistémologique attendu d’une telle imagination narrative ? Et d’autre part : pourquoi cette histoire ? Comment comprendre la fortune de ce scénario du recrutement ; comment justifier son succès explicatif ; qu’apporte-t-il, en particulier, à l’intelligence du langage qui est le nôtre aujourd’hui ?