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Séminaire

séminaire Philbio

Nous aurons le plaisir d'écouter : Aliénor Bertrand (ENS, CNRS)

Titre :  “Descartes, et alors ? Sur quelques paradoxes de l'histoire de l'ontologie végétale à l'époque moderne (XVIIe-XVIIIe)”

Résumé : En contrepoint d'un récit dominant qui rendrait Descartes non seulement responsable du zoocentrisme de la science moderne, mais aussi d'une rupture anthropologique dans les relations au monde vivant, se sont développées des études défendant le principe d'une botanique cartésienne, voire un contre-récit cartésien global. Ces deux postures spéculaires, iconologiques, sont aussi fautives l'une que l'autre, non seulement parce qu'elles sont anachroniques mais aussi parce qu'elles manquent d'interroger les relations historiques entre les pratiques et les sciences de la nature. Or, à l'époque moderne, la connaissance du végétal est à la fois emboîtée dans la physique, la métaphysique et la théologie, mais aussi immergée dans de multiples procédés d'extraction de savoirs vernaculaires auxquels se confronte la théorie. Par l'analyse d'exemples, cette communication exposera quelques problèmes nouveaux que la réduction cartésienne de la matière à l'étendue a posés aux savants connaisseurs des plantes et le bouillonnement intellectuel qui s'en est suivi, pour les résoudre ou en réfuter la pertinence. Elle indiquera aussi certaines des médiations scientifiques et techniques mais aussi socio-économiques par lesquels un paradigme cartésien schématisé est venu transformer les pratiques concrètes des plantes, plus d'un siècle après le Discours de la méthode. Sur le plan méthodique, elle vise à montrer comment l'anthropologie de la nature peut déplacer plusieurs des attendus de l'épistémologie historique de la botanique, ce qui, par ricochet, permet d'éclairer la place paradoxale des sciences du végétal dans la fabrique juridique et politique de la modernité.