H-AI TEAM
Philippe Huneman
Projet H-AI TEAM
Équipes Homme–IA, agentivité intégrée et morale : philosophie et esthétique de la collaboration avec les machines
https://www.pepr-ensemble.fr/appel-a-projets-de-recherche-aap2-les-laureats
Programme subventionné (2026–2031)
Le projet H-AI TEAM — Équipes Homme–IA, agentivité intégrée et morale : philosophie et esthétique de la collaboration avec les machines — est lauréat de l'appel à projets du PEPR eNSEMBLE « Collaboration Numérique », lancé dans le cadre de France 2030 et opéré par l'Agence nationale de la recherche.
Le projet est coordonné par Philippe Huneman, directeur de recherche au CNRS, à l'Institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques. Il réunit pour quarante-huit mois trois unités : l'IHPST (CNRS, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), THALIM (CNRS, Sorbonne Nouvelle, École normale supérieure) et l'ISIR, au sein du Sorbonne Center for Artificial Intelligence.
Les incitations à « collaborer » avec des systèmes d'intelligence artificielle se multiplient, alors que la notion même de collaboration reste obscure et recouvre des situations profondément hétérogènes. On ne collabore pas avec un correcteur orthographique comme on prétend le faire avec un agent conversationnel, et l'usage indistinct du même mot empêche de poser correctement les questions qui suivent — celles de la responsabilité, de l'autonomie, de la dépendance. Le projet propose d'y voir clair en articulant trois notions : l'agentivité, la collaboration et l'environnement.
Un axe consacré à la création artistique et littéraire augmentée, est piloté par Alexandre Gefen, avec Ada Ackerman, Antonio Somaini, Simon Bréan. Il ne s'agit pas d'un volet d'application, mais du lieu d'épreuve du projet.
Pour clarifier ce que « collaborer » veut dire, il faut un terrain où la chose se donne à voir. L'art est ce terrain, pour deux raisons. La première est que la création est le seul domaine où l'attribution d'une initiative — qui a fait quoi, et de qui l'œuvre est-elle l'œuvre — cesse d'être une abstraction philosophique pour devenir une question pratique, esthétique et juridique immédiate. La seconde est que les artistes ne se contentent pas d'utiliser ces systèmes : ils les détournent, les contraignent, les rendent visibles comme dispositifs. Là où l'usage ordinaire d'un outil rend la médiation invisible, la pratique artistique l'expose et la donne à analyser. C'est ce qui en fait un laboratoire, et non une illustration.
L'axe s'organise en trois volets. Le premier retrace la généalogie longue des collaborations entre artistes et machines, des sculptures mécanisées de Duchamp et Tinguely à l'art algorithmique et cybernétique des années soixante et soixante-dix, jusqu'aux pratiques nourries de systèmes génératifs. Le deuxième fait de l'atelier un protocole de recherche : nous suivrons le travail de Gregory Chatonsky, Justine Emard, aurèce vettier et Antonio Bianchini, non pour commenter des œuvres achevées mais pour décrire des processus en train de se faire. Le troisième tente une théorie de l'agentivité distribuée dans la création, c'est-à-dire des conditions auxquelles une intention créatrice peut se partager sans se dissoudre.
L'originalité de H-AI TEAM tient à cette disposition d'ensemble. Dans un programme consacré à la refonte des outils numériques de la collaboration, voici un projet où la philosophie, l'art et la littérature ne commentent pas la technique depuis l'extérieur : ils en constituent la méthode. Les recommandations de conception et de gouvernance qui closent le projet, jusqu'aux questions juridiques que soulève l'article 14 du règlement européen sur l'IA, ne viendront pas malgré ce détour par l'esthétique, mais grâce à lui.
cf. page Thalim